LUNDI J’AI STARTUP AVEC VINCENT MARIN

Après Lium la semaine dernière, nous poursuivons aujourd’hui les portraits d’entrepreneur avec celui de Vincent Marin, co-fondateur de Diag Drone une solution aérienne, ou comment passer par la cartographie et la photographie pour mieux y revenir.

Quel est ton parcours de tes études jusqu’à Diag Drone ?

J’ai fait un Deug de Droit de l’Environnement et de l’Urbanisme à Lyon 3. Ensuite, j’ai récupéré une licence de Géographie Appliquée à Lyon et enchaîné la maitrise à Avignon au sein du Laboratoire qui s’appelait Néo Dynamie Structures et dynamiques spatiales spécialisé dans la cartographie. Nous avions des modules dont l’enseignement était prodigué par Cécile Helle. J’ai été recruté par le Parc Naturel du Haut Languedoc où je suis resté 3 ans pour mettre en place le volet paysager dans le cadre de nouvelles constructions. Nous avons mis en place la première simulation pour ce volet paysager, tout un process, pour une meilleure intégration des constructions (matériaux, architecture).

Durant 10 ans, j’ai travaillé dans le culturel, notamment au Festival Off à Avignon en tant que représentant des compagnies de théâtre. J’ai toujours eu une activité de photographe, et d’ailleurs je suis accrédité au Festival d’Avignon. J’ai vendu des photos à Libé, l’Huma, le Figaro. La photographie a toujours été là, dans mon travail. Retour à la cartographie en 2010, où je découvre le drone et l’appareil à photo volant. Rapidement, quand on aime la cartographie, le drone rejoint la vision du dessus, la possibilité de faire des images vue du haut, à la place de l’oiseau.

J’ai monté une entreprise de formation à la photographie, la captation, les retouches, la 3D, l’architecture et de la création de site internet et j’interviens dans plusieurs structures dont la Chambre des Métiers, Pôle Emploi (les agents), tout en poursuivant mon travail de photographe pour la presse.

Comment est né Diag Drone ?

C’était un dimanche midi à l’apéro du marché à Roanne, dans ma ville natale, avec Dominique Coquard, un ami de mon frère. La veille, il y avait eu un gros coup de vent et il était inquiet pour sa toiture. On en parle au comptoir. Il me dit qu’il doit monter sur son toit. Et je lui dis : « ne monte pas sur un toit mouillé, je viens avec mon drone et on regardera ensemble les images ».

Dominique est agent immobilier aménageur. Il va très vite, il a passé la nuit du dimanche au lundi à penser à un projet de mise en relation entre pilotes et assurances, parce qu’il a capté tout de suite qu’il y avait un vrai besoin. Il a vu tout de suite les applications directes, dont la cartographie, les problématiques des géomètres. Là nous sommes en juin 2019.

Comment se sont passés les premiers pas de l’association avec Dominique autour du projet ?

Sans Dominique, le projet n’aurait pas pu prendre cette ampleur. Il y a un mode chasse-neige chez lui qui a montré son efficacité. Un véritable équilibre s’est installé, pas toujours facile mais qui fonctionne entre nous. Dominique a neuf fois sur dix la bonne idée, la bonne conclusion qui va devoir s’appuyer sur plusieurs personnes pour la réalisation. J’ai suivi la conception de toute la plateforme, qui a été compliquée, où il a fallu faire sauter des verrous : rédaction des worflow, réservations, la mise en application de la plateforme y compris la connaissance de la réglementation, puisqu’on dépend de l’aéronautique. Nous avons investi la même somme d’argent tous les deux, jusqu’à l’euro près. Et ma compagne a également investi.

Comment êtes-vous passé de l’idée à sa réalisation ?

Le lundi matin, je lui apporte les images de sa toiture et lui il arrive en disant : pourquoi on ne ferait pas une plateforme pour réserver un drone et qualifier un sinistre ? Je lui réponds « pourquoi pas ? » Et j’ai mis à plat le concept qu’on a présenté à Bpifrance en décembre 2019. Au bout de 15 min, Carole Loget nous a dit : « votre projet va passer dans les prochaines commissions ». Nous avons obtenu la Bourse French Tech Projet Innovant, soit 25 K€ pour nous lancer. Et nous avons également obtenu un prêt garanti de Initiative Terres de Vaucluse.

Nous sommes devenus adhérents du Pôle Safe Cluster grâce aux conseils et mise en relation de la French Tech Grande Provence et sans elle nous n’aurions pas pu accéder aussi vite au Pôle. Nous sommes très reconnaissants de tout le travail d’accompagnement du Pôle, particulièrement sur le volet juridique et du travail de Hubert Bérenger, Responsable Système Drones et Robotique terrestre. Cet accompagnement nous a rapproché du service des armées. C’est grâce au Pôle que nous sommes allés le 21 octobre au Salon Européen du drone Professionnel à Bordeaux accueillis dans leur espace mutualisé, notre deuxième salon où nous avons officiellement présenté notre produit. Nous étions allés la semaine précédente au Tekplace à Paris, le salon des produits innovants de l’assurance, dans un lieu somptueux où on a eu 3 contacts directs.

Grâce à Hubert Bérenger, nous travaillons avec l’Université d’Aix-Marseille et nous avons été choisis pour 2 projets de recherche : la réduction du bruit des drones pour lesquels ils redessinent les hélices en s’appuyant sur le biomimétisme. Le second porte sur la législation du drone en milieu urbain.

Comment fonctionne la plateforme ?

Il faut d’abord signaler que notre solution a pris du retard à cause du retard de la réglementation française. La plateforme est adaptée entre la réglementation européenne et la française qui est en cours.

Elle met en relation les pilotes et les donneurs d’ordre. Et nous fabriquons des outils dédiés. Le pilote peut consulter sur son espace personnel les appels d’offre, gérer ses plans de vols, créer les documents à fournir à la Direction Générale de l’aviation, créer son devis, gérer la facturation. Pour les donneurs d’ordre : par ex. si le Grand Avignon a besoin de cartographie ou d’un bilan thermique, il peut trouver l’opérateur au bon moment et au bon prix. Nous avons développé la mutualisation et le donneur d’ordre peut être notifié lors d’une intervention à proximité.

Son modèle économique repose sur quoi ?

C’est très simple : il est fait de l’abonnement mensuel sans engagement des opérateurs qui louent la solution métier. Nous avons souhaité éviter l’ubérisation. Et une commission fixe est prélevée sur chaque intervention apportée par Diag Drone. Quand nous aurons de la data, nous pourrons annoncer un prix moyen.

Comment faites-vous en sorte que les pilotes s’inscrivent sur la plateforme ?

Il y a 12 000 opérateurs opérationnels inscrits sur la liste du site de la Direction Générale de l’Aviation Civile, dont 7000 sont en activité. Il y a un vrai problème dans cette filière. Pour 90% d’entre eux ce n’est pas l’activité principale. Au sein de ces 90%, 90% aimeraient bien que ce soit le cas, parce que les machines représentent un gros investissement et qu’ils ne trouvent pas les marchés. Le marché du drone est sur-saturé du côté de l’audiovisuel et les autres marchés ont des besoins qui ne sont pas couverts parce que la filière des pilotes n’était pas assez organisée. C’est en train de changer. Le salon de Bordeaux nous a permis de toucher les pilotes et nous avons rencontré la fédération UNEPAT (Union Nationale des Exploitants et des Professionnels d’Aéronautique Télépilotée) avec qui nous travaillons. Elle nous permet de nous adresser aux adhérents pilotes de la fédération.

La complexité commerciale et marketing de notre solution, c’est qu’il y a deux profils à toucher et qui se cherchent. Comment faire un triangle isocèle entre les deux points et Diag Drone ? Le salon de l’assurance nous assure que la filière est en demande. La semaine d’après, à Bordeaux, les opérateurs nous disent oui, une plateforme qui permet de gérer notre activité, on en a besoin. Toujours à bordeaux, les spécialistes de l’ensemencement sur la plaine céréalière nous ont contactés pour les cas d’usage en agriculture. Un drone peut remplacer dans ce cas-là le tracteur, donc il n’y a plus de problème d’écrasement du sol et il peut ensemencer sur du semi-couvert. Le drone peut être utilisé pour les pollinisations : il largue une bombe de phéromones au dessus des vergers. Dans les faits, les applications sont infinies : bilan thermique d’un bâtiment, entretien voire nettoyage des panneaux solaires, des toitures, des façades…Toutes les filières sont concernées.

Existe-t-il actuellement une plateforme identique à la vôtre ?

Non. Il en arrivera certainement d’autres. Pour l’instant on sait que ça n’existe pas.

Quelle est la suite pour Diag Drone ?

Nous sommes en train de préparer les accords cadre avec des groupes d’assurance. Et nous réfléchissons à l’intégration technique de la solution de Diag Drone dans leurs process et solutions logicielles. En phase 2, Diag Drone s’ouvrira selon les mêmes principes et process à tous les types de diagnostics immobiliers, là aussi la demande est forte.

Est-ce que tu t’attendais à autant de complexité entre l’idée et sa mise en œuvre ?

Non, en majuscule et taille 56.

As-tu eu des moments de découragement ?

Oui, taille 12. Sans ma douce, j’aurais pu abandonner. C’est elle qui m’a encouragé dès le départ.

Comment tu te rémunères en ce moment ?

Grâce à mon activité de formation qui continue. Diag Drone commence à générer des revenus qui paient les autres membres de l’équipe.

Combien de personnes travaillent actuellement dans l’équipe ?

Dominique et moi nous sommes à la conception et la direction. Axel est rentré en tant qu’apprenti et il a abandonné son apprentissage en demandant à rester chez nous. Il fait beaucoup de choses, notamment un travail dingue de sourcing, hyper efficace. Il nous a accompagné sur la phase de test et il est en train de prendre le rôle de Community Manager de façon assez brillante. Nous avons deux développeurs, Mathieu qui est sur Avignon et Paul à Lyon. À l’UAV Show, nous avons rencontré une entreprise qui développe des solutions de gestion d’espaces de vols. Nous allons travailler ensemble pour intégrer leur solution à la nôtre. Ce qui nous évitera de la développer de notre côté et nous gagnerons ainsi 2 ans.

La startup est enregistrée à Avignon, et tu es à Roanne. Est-ce que l’activité va se développer sur Avignon ?

L’idée est d’intégrer une partie de l’équipe technique au Pole Safe à l’aéroport. En réalité nous avons installé le siège social de notre entreprise à Avignon dans la mesure où c’est la BPI et la French Tech Provence qui nous ont permis de démarrer, c’était une question de correction. 

Qu’en est-il de la levée de fonds ?

Nous sommes en train d’y aller justement. Nous avons besoin d’un développement commercial qui exige une levée de fonds. Nous déposons notre dossier la semaine prochaine auprès d’un cabinet lyonnais.

Quels conseils donnerais-tu à un entrepreneur qui se lance ?

Bien se renseigner, ouvrir ses oreilles. Je n’aurais pas pu faire tout seul le passage de l’idée à sa réalisation. Donc surtout ne pas se lancer tout seul.

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