PORTRAIT DU LUNDI : MATTÉO BOSO ET ADAM JELILA

Pour ce nouveau lundi, voici le portrait de deux entrepreneurs, fondateurs de la startup DT Solution, installée à Avignon au sein du Village des Métiers. Depuis mai 2020, date à laquelle la solution a été mise en route, ils ne lèvent plus la tête du tableau de bord de leur fusée. Elle s’avère stratégique pour la reprise dans les lieux rassemblant du public, en particulier celle des festivals et des salles de spectacle.

portrait adam et matteo

Quel est le parcours de chacun pour arriver jusqu’à DT Solution ?

Mattéo : J’ai été technicien et directeur technique pour des compagnies de théâtre et des salles et directeur technique de La Cour du Barouf à Avignon. J’ai également travaillé en tant que webmaster pour des sites et du e-commerce. Je suis touche à tout et même si je ne sais pas faire quelque chose, j’y vais ! C’est le milieu du spectacle qui veut ça. J’imagine que c’est aussi parce que j’aime apprendre. Du coup, tu fais de tout, tu réponds rapidement à quelque chose que tu n’as jamais fait. J’avais envie de comprendre le cerveau, j’ai donc fait une formation et je suis devenu hypno-thérapeute pendant 3 ans, j’ai même donné des conférences sur le sujet à l’Université Libre de Bruxelles. De retour à Paris, j’ai monté une startup en cosmétique avec ma compagne. Le premier confinement est arrivé et nous n’avions pas la possibilité de mettre 50 K€ en marketing pour lancer le produit, dans une filière où sans publicité, c’est impossible. Nous avons laissé tomber la startup.

Adam : J’ai commencé mes études en CAO et électronique. J’ai changé de branche, j’ai étudié les langues et obtenu un master anglophone. J’ai enseigné l’anglais et le français dans une université du Kent, puis l’anglais en France et en Suisse. Et en même temps, je travaillais comme technicien sur les spectacles. Mon contrat avec l’Angleterre s’est terminé en 2018. Je m’étais résigné à passer le Capes, sans doute parce que mes parents sont profs. Ce qui m’a retenu d’y aller, c’est que j’adore toutes les solutions technologiques.

Mattéo : On s’est rencontrés parce que je l’ai engagé comme technicien à la Cour du Barouf.

Adam : On s’éclatait avec Matteo. On a eu des idées, surtout lui, pour créer quelque chose ensemble.

Mattéo : Durant le premier confinement, j’ai étudié l’UVC sous toutes ses coutures, regardé attentivement les produits chinois qui arrivaient en France. Au début, j’ai monté un premier site pour les vendre en France et puis je me suis dit qu’on pouvait vendre des produits fabriqués en France et porter sur les machines des améliorations conséquentes, surtout sur la partie sécurité et connectivité qui font défaut sur les appareils chinois.

Adam : Quand Matteo m’a contacté en avril 2020 pour m’inviter à participer à l’aventure de produire des appareils de désinfection à base d’UVC, je me suis dit qu’à tous les deux, nous réunissions les compétences nécessaires pour placer un produit très concurrentiel et innovant sur un marché occupé essentiellement par les chinois et les américains. Et participer en même temps à l’éradication de la pandémie.

Mattéo : Il n’y avait rien de visible sur le marché français ou des produits pas destinés au marché grand public dont les prix se situaient autour de 18 K€. Nous, on souhaite mettre en vente des produits accessibles par la sécurité, l’utilisation et le prix.

Quelles ont été les étapes clés de votre startup ?

Mattéo : En juin 2020, nous avons créé de toute pièce notre premier prototype. Nous avons acheté du métal, des lampes UVC, des rails, des tournevis. Pour cette première version, Adam a découpé et poncé à la main le métal. Le but c’était de le faire rapidement, de vérifier que c’était faisable. Et nous nous sommes rendus compte que c’était facile à monter en production plus importante.

Adam : En juin 2020, nous montons aussi à Bordeaux faire les premiers tests sur des machines à café d’un client de Chronopost. Nous avons pu valider et établir des rapports.

Mattéo : En juillet 2020, nous avons conçu tous les plans 3D pour faire fabriquer les pièces par des métallurgistes et lancer les pré-commandes. Nous avons eu 10 commandes, juste avec un site et une image 3D. Elles nous ont permis de financer les pièces, les appareils de mesure, le lancement de l’entreprise et un peu de marketing.

Adam : Fin août 2020, nous avons fait les premières livraisons et c’est là que l’entreprise a vraiment démarré. Grace à Vaucluse Provence Attractivité, nous avons trouvé un local au Village des Métiers. Et Loïc Etienne, Chef de projet digital et économie créative chez Vaucluse Provence Attractivité nous a présentés à Julien Laz, fondateur de l’accélérateur Rue24 et Alexandre Bameule qui sont devenus nos associés.

280 m2 sont à la disposition de l’équipe pour un loyer modéré destiné aux entreprises en démarrage

Nous sommes remontés à Bordeaux pour installer notre dispositif de désinfection sur les machines à café et terminer les tests. Nous sommes sur un système pilote pour avoir des retours utilisateur. Aujourd’hui, il y a eu 5000 désinfections sur les machines et nous allons pouvoir remplacer le pilote par un produit fini qui intègre un module IoT. Les machines sont connectées à nos serveurs hébergés chez Infomaniak. Nous avons signé un contrat avec le gestionnaire pour 10 machines installées chez La Poste.

Mattéo : nous sommes en production sur le Nanopur. Nous venons de terminer la mise au point du Serenity : une machine bardée de technologie connectée, avec un écran, et plus puissant. L’utilisateur est pris par la main de bout en bout avec une sécurité très construite : mesure du volume de la pièce, récolte de données, consultation des résultats sur une plateforme en ligne. De notre côte, nous récoltons le nombre de désinfection, et nous pouvons piloter la maintenance à distance, vérifier l’état de la machine.

Adam : C’est Matteo qui programme les cartes électroniques. C’est essentiel de maîtriser la technique au sein de la startup. Nous pouvons identifier les pannes sur toute la chaîne en un temps record. Nous savons ce qui se passe de A à Z. Et si une carte électronique que nous commandons, arrive avec un défaut, nous sommes capables de le voir tout de suite.

Pouvez-vous nous dire où vous en êtes avec les salles de spectacle ?

Mattéo : Nous savons tous combien le Festival à Avignon rayonne aussi bien culturellement qu’économiquement. L’annulation de l’édition 2020 a été catastrophique. Cette année, il devrait avoir lieu. Nous avons pris les devants et travaillons main dans la main, en partenariat avec la Fédération des théâtres indépendants d’Avignon pour équiper ses adhérents. Nous avons développé des solutions pour les salles de théâtre en mettant à leur portée une désinfection UVC flash air/surfaces en 5 minutes. Elle permet une exploitation optimale des lieux en toute sécurité et sérénité.

L’atelier permet de réunir au rdc la partie montage et en mezzanine la direction et la communication

Combien de personnes travaillent actuellement chez DT Solution ?

Mattéo : Nous sommes 1o, non, 11 au total. 6 associés, 4 personnes en alternance, dont deux au montage et deux en communication, et un stagiaire en développement et programmation. Toutes ces personnes sont arrivées en novembre. Nous devons recruter encore 4 personnes en atelier et au développement mais nous manquons de trésorerie. On pourrait nous reprocher, comme à beaucoup de startups, de nous reposer sur des alternants et des stagiaires (les deux alternants en communication, travaillant au bureau à côté de nous se retournent et rient en ajoutant : « on s’en va demain, parce que nous sommes maltraités ici. Nous allons voir ailleurs ». Matteo et Adam rient à leur tour et échangent des plaisanteries avec eux).

Matteo et Adam entouré de l’équipe des collaborateurs·trices en alternance et en stage

Adam : Nous avons la chance d’avoir deux associés très investis sur la partie Biz Dev. Nous pouvons compter sur eux, ce qui nous permet d’aller très vite. Ils nous obligent à deux réunions par semaine pour faire le point. Finalement, on s’occupe du moteur et eux de la piste de décollage.

Où en êtes-vous avec les levées de fonds ?

Adam : Nous partons actuellement sur une levée de fonds de 500 K€. Nous avons 11 investisseurs autour de la table. Nous avons déjà pitché devant 6 et nous allons rencontrer les 5 autres dans les semaines qui suivent. C’est sportif. Nous avons appris très vite à pitcher, grâce à l’aide d’abord de nos deux associés. Nous nous sommes entraînés une demi-heure avec eux. Les premiers Business Angels nous ont challengés sur tous les points. Ça a pavé la route pour tous les autres pitchs. Comme nous maîtrisons parfaitement notre sujet et nos produits, nous adorons les retours et quand nous ne savons pas répondre à une question, nous allons chercher les réponses et ça renforce notre savoir.

Pourquoi vous vous êtes installés à Avignon ?

Mattéo : Adam avait un local à mettre à disposition pendant la phase de prototypage, un garage ! Avignon est le lieu idéal pour ne pas prendre trop de risques au départ. Les loyers sont abordables. Et puis nous avions l’habitude avec le festival de nous retrouver ici.

Adam : Depuis que nous sommes installés ici, nous sommes entrés dans un tunnel. Ça passe à toute vitesse. Je ne comprends pas toujours ce qui m’arrive !

Est-ce que vous avez trouvé dans l’écosystème ici toutes les ressources dont vous aviez besoin ?

Mattéo : Ce qui ne manque le plus, ce sont des personnes qui ont des compétences en tech et ingénieur. C’est compliqué de recruter dans le secteur du développement et de la programmation. On se rend compte que la matière grise formée sur ce territoire ne reste pas ici.


2 réflexions sur “PORTRAIT DU LUNDI : MATTÉO BOSO ET ADAM JELILA”

  1. En tant que natif d’un pays qui construit avec difficulté son économie et sa société j’aurai aimé espéré que des jeunes de ce pays prennent le flambeau du développement et du progrès social en agissant en se formant en prenant des risques ( mesurés) dans un projet d’entreprise et suivre l’exemple vivifiant d’Adam et Mattéo..
    Bien sûr l’attractivité du territoire, la masse critique de capital pour démarrer, une formation proche du projet et du courage à revendre et cette citation de Guillaume d’Oranger
     » Il ne suffit pas d’espérer pour entreprendre ni de persévérer pour réussir » mais dans ce cas la combativité, la forme physique et mentale peuvent surmonter des obstacles dont la plupart nous sont personnels n inscrits dans nos blocages et résistance et peurs intérieures sans évoquer les dynamiques propres du marché sur lequel l’entreprise jeune affronte les autres contraintes propres à n’importe quelle entreprise
     » La valeur n’attend pas le nombre des années et si les biejos expérimentés jettent un œil bienveillant et aidant c’est le Cid réconcilié avec Don Diègue ( Corneille)? A bon entendeur Najib JELILA

    1. De nombreux « jeunes de ce pays prennent le flambeau du développement et du progrès social » en mouillant leur chemise. Reprenant à notre tour ce qu’écrit Georges Didi-Huberman dans la « Survivance des Lucioles », ces jeunes sont rarement sous les projecteurs et sont tels des lucioles. C’est à nous qu’il incombe d’aller à leur recherche.
      Merci pour votre commentaire et nous souhaitons ajouter que nous sommes très heureux d’accompagner, à notre mesure, Adam et Mattéo.

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